Ce qui relie la grande majorité des artistes de k-pop, c’est leur condition d’idole. Ce terme ne désigne pas seulement le regard que portent leurs fans sur eux, il est également utilisé pour qualifier les artistes produits par les agences de musiques asiatiques. Devenir idole n’est cependant pas de tout repos. Pour y arriver, les nouvelles recrues doivent suivre un entraînement qui les amène à devenir des trainees. Qui sont-elles et quel est leur quotidien ? C’est ce que nous allons voir.
Une sélection à l’entrée
Accéder au statut d’idole est le rêve d’un grand nombre de jeunes asiatiques. La gloire, le succès, le sommet de l’échelle social, font tourner la tête de ceux qui se lancent dans l’industrie musicale. Sauf que la sélection est rude. Elle peut se faire de deux façons différentes.

Premièrement, les agences peuvent effectuer des auditions, aussi bien en Corée que dans le reste de l’Asie, pour dénicher de nouveaux talents. Certaines effectuent aussi un repérage via des auditions vidéos, une méthode qui se développe de plus en plus grâce à l’exportation de la K-pop sur la scène internationale qui a pour conséquence une demande grandissante pour intégrer les agences coréennes. Lors d’une audition, il est important pour les aspirants idoles de mettre en valeur leurs talents en danse et en chant. Les performances sont jugées par un jury intransigeant qui n’hésitera pas à les couper au milieu de leurs prestations s’il n’est pas convaincu. Il ne faut pas perdre de temps. Si l’aspirant fait bonne impression, il peut passez à l’étape suivante. Là il lui faut démontrer ses qualités de modèles. Les Idoles ne sont pas seulement des chanteurs, ils doivent savoir trouver la caméra et se mettre à leurs avantages. Avant d’être une voix, un idole est une image.
La deuxième méthode des agences consiste à récupérer les personnalités repérées grâce à la télé-réalité. Ces émissions ne servent cependant pas seulement aux jeunes talents qui souhaiteraient intégrer le cursus d’idole. Certaines agences envoient leurs trainees afin de leur construire une notoriété. Parfois ce sont même des membres de groupes déjà formés qui y prennent part afin de garder les projecteurs sur eux. Cette opération a souvent pour but de tester la popularité des futurs talents auprès du public.
Quelque soit la méthode choisie, la sélection reste cependant la même. Les trainees sont choisis pour leurs compétences en danse, en chant mais aussi pour leurs physiques. Après avoir été sélectionnés, les nouveaux venus signent un contrat devenant ainsi, non pas idole, mais bien trainees. S’en suit une longue formation à travers laquelle ils devront prouver leurs capacités. Ils ne sont cependant pas assurés de devenir idole ni de pouvoir monter sur scène avant la fin de leur contrat. Il est aussi important de soulever que l’âge de sélection ne connaît pas de limite. Il est possible de postuler et d’être sélectionné dès 10 ans. N’allez pas croire que les agences perdent leur temps avec ces enfants et que ce fait n’est que pure théorie puisque la plus jeune idole, actuellement, est âgée de 13 ans.
Cette sélection est pourtant un passage obligé pour celles et ceux qui souhaitent intégrer les agences musicales coréennes et ainsi entrer dans le cercle fermé des Idoles.
À force de temps

Après la sélection vient l’entraînement. Il est similaire chez à peu près toute les agences bien que l’intensité et le contrôle des trainees divergent quelque peu en fonction de l’employeur. Durant cet entraînement, des cours classiques (coréen et anglais notamment) mais également des cours de chant et de danse sont dispensés. Jusque là rien d’anormal. Sauf que l’entraînement comporte aussi un programme de changement d’apparence. Les trainees sont soumis.e.s à un régime afin d’atteindre un poids idéal. Ils.Elles peuvent parfois se nourrir qu’une seule fois par jour tout en continuant à suivre un programme intensif de danse. Il n’est pas rare de voir des crises d’anémie ou des malaises, parfois même sur scène. Bien que les conditions changent en fonction des agences, elles poussent souvent les limites de la conditions physiques des trainees. Le vice va jusqu’à peser les jeunes en direct, le Graal étant d’être sous la barre des 50kg, quelque soit la taille (en sachant que c’est la corpulence normale d’une personne faisant 1m60).
En plus de l’entraînement physique éprouvant, une pression constante pèse sur les trainees. Les règles imposées par les agences sont très strictes voire intrusives. Certaines interdisent les téléphones ou les relations amoureuses par exemple. Il n’est pas rare que les jeunes talents ne voient plus leurs familles pendant des mois voire des années. Néanmoins, depuis quelques années, la Corée du Sud met en place des lois afin de réduire le pouvoir des agences en limitant, notamment, le temps de travail des mineurs ou en interdisant les termes injustes dans les contrats, parfois contraire à la convention des droits de l’Homme. Le jeune âge de la plupart des trainees couplé à ces conditions extrêmes poussent souvent à bout ces aspirants idoles. Le but de cet acharnement est double. Tout d’abord, il permet d’habituer les trainees à leurs potentielles futures conditions de travail qui sont très similaires. C’est également une façon de les conditionner à entrer dans le moule du parfait idole. Ils sont détruits pour être reconstruit à l’image de ce que l’agence veut faire d’eux.
Malgré tout, on peut se dire que le jeu en vaut la chandelle. La finalité reste la gloire, souvent internationale. Sauf que la réalité est toute autre. Régulièrement, les trainees doivent passer des évaluations afin de jauger si ils.elles sont au niveau. Si ce n’est pas le cas, ils.elles continuent à s’entraîner, parfois pendant des années. Il arrive même, si ils.elles ne parviennent pas à convaincre, qu’ils.elles partent à la fin de leurs contrats, retournant à une vie dont ils.elles ont été coupées pendant longtemps. Les évaluations sont aussi sévères que celle du recrutement. La seule vraie différence se trouve dans la performance, non plus solo mais dans un groupe qui leur a été attribué. Les recrues s’entraînent alors ensemble tout en sachant qu’elles sont en compétition. Dans ces conditions, beaucoup ne restent pas et quittent – volontairement ou non – la formation. Pour ceux qui restent rien n’est joué puisque certaines peuvent continuer près de 10 ans dans la phase d’entraînement sans savoir quand les projecteurs seront enfin braqués sur eux.
Une machine à idole
En somme, les trainees ne sont que le résultat d’une industrialisation des talents artistiques par des agences plus commerciales que musicales. Cette méthode permet de suivre et de modeler les talents qu’elles ont sous contrats mais également de les forger à leur image. Les aspirants idoles sont modelés pour correspondre à leurs futurs rôles. Ce chemin est la voie royale pour les trainees, le meilleur moyen de se faire une place sur un marché très dense ainsi que d’obtenir une formation de qualité. Néanmoins, les apprentis se développent moins comme des artistes que comme des robots. Un tel protocole, si encadré et étudié, ne permet par de s’épanouir en tant que chanteur ou musicien à part entière. Les trainees n’apprennent pas à développer un style personnel. De plus, leurs conditions de vie sont contestables et s’inscrivent dans la culture du travail asiatique très présente en Corée du Sud. On peut arguer que la recherche de la perfection physique est aussi présente dans le reste de l’industrie musicale à travers le monde. Cependant, l’augmentation de la popularité de la Kpop à l’internationale fait évoluer la situation des trainees ainsi que celle des agences coréenne. Il serait intéressant de voir si, dans le futur, le reste de l’industrie musicale internationale voudrait reprendre le principe des trainees – comme avec le label français Rec 118 qui fait signer et propulse rapidement de jeunes talents – ou si, au contraire, ce système sera, à terme, abandonné.
Pour plus d’informations :
Vidéo sur les méthodes d’entraînement des trainees par CNA Insider.