En quelques années seulement, la Kpop est devenue un phénomène incontournable dans le monde entier. Aimée ou détestée, il est incontestable que ce mouvement musical ne peut plus rester dans l’ombre. Nous allons voir ensemble comment cette machine bien huilée a pu se construire.
Une histoire froide
Pour comprendre les origines de la K-pop, il faut saisir ce qui la influencé, c’est à dire en grande partie la culture américaine. Cette influence a commencé, comme pour beaucoup de pays, après la seconde guerre mondiale. Les USA, qui sont sorties quasi indemnes de la guerre, ont rapidement voulu mettre la main sur de nombreuses régions. C’est ainsi que plusieurs plans d’aide, comme le plan Marshall pour l’Europe, ont vu le jour. Cela a permis d’exporter la culture américaine à de nombreux pays. Pour la Corée du Sud, cette implication américaine fut beaucoup plus directe. En effet, la Corée était sous occupation japonaise depuis 1910. À la fin de la guerre, les USA et l’URSS s’occupèrent de désarmer le pays et de garantir son indépendance. Pour cela, il fut décidé que la Corée serait séparée au niveau du 38ème parallèle. Bien entendu, les deux grandes puissances installèrent leurs gouvernements et, très rapidement, la tension monta entre les deux Corées jusqu’en 1950 et la guerre de Corée.
À partir de ce moment, l’armée américaine intensifia sa présence dans le pays. De ce fait, la culture américaine s’installa aussi en Corée avec l’arrivée de certaines stars qui venaient soutenir les militaires ou les radios américaines diffusant leurs musiques. Le style musical qui était populaire en Corée, le trot, en sera très influencé. Par la suite, pendant une trentaine d’années, la situation en Corée ne permit pas l’émergence d’une culture nationale très forte. En effet, le pays sortit de la guerre puis subit un régime de dictature de 1962 à 1979. Néanmoins, des mouvements culturels contre le gouvernement coréen existaient, bien que largement censurés. Cette contre-culture se basa sur le mouvement Hippie et la musique folk. C’est dans les années 80 que la censure se calma dans le pays et que les productions culturelles augmentèrent. Le style musical qui marqua ces années fut celui des balades. Ce style, qui évoque presque uniquement l’amour, était parfait pour un pays qui sortait de troubles politiques majeurs. Cependant, c’est réellement dans les années 90 que la K-pop et son industrie se développèrent.
Une base américaine

Durant ces années, la société coréenne fut de nouveau inpirée par la culture américaine qui, aujourd’hui encore, a toujours une influence mondiale. C’est donc ainsi que l’ère des ballades, qui restera un pilier de la musique coréenne, laissa place au hip-hop, à la musique électro et au rock. Un groupe marqua cette décennie dans le pays : Seo Taiji & Boys. Ayant existé seulement entre 1992 et 1996, ce trio coréen réussit à mélanger ces différents styles musicaux avec les ballades coréennes sur quatre albums, posant ainsi les bases du style de la musique pop coréenne. Cependant, il n’y a pas que dans l’univers musical où ce groupe laissa sa trace. Tout d’abord, l’ajout de la danse dans leurs performances marqua l’esthétique des futurs concerts. Par la suite, le groupe lutta également contre la censure, toujours présente, grâce à leur style vestimentaire et aux paroles de certaines chansons comme « Kyoshil Idea » (L’idéologie de la salle de classe). Cette chanson, prenant ses influences avec les Beastie Boys, critique le système scolaire Coréen et la pression sociale autour de la jeunesse. À sa sortie, elle fut bannie par la radio et les chaînes de télévision. Le message toucha pourtant la jeunesse, ce que l’industrie musicale reconnue rapidement.

Pour conquérir ce potentiel public, l’industrie coréenne se tourna alors vers deux modes de l’époque : les boys et girls bands des USA et le système des Idoles du Japon. Le principe consiste en la sélection de jeunes talents qui seront entraînés par l’agence. Le recrutement se fait à partir des aptitudes de chanteur et de danseur mais également de leurs plastiques. On parlera de ce système plus en détail dans un autre article. Cela donnera la création de plusieurs groupes comme H.O.T, S.E.S ou Diva. Parallèlement au moment où ces nouveaux groupes s’installèrent sur la scène coréenne, la crise financière de 1997 toucha le pays. C’est ainsi que l’industrie musicale voulue étendre son influence en Asie pour toucher un plus grand public et ne pas subir la crise. Pendant ce temps, une scène indépendante commença à se créer vers l’université Hongik de Seoul. Des groupes punk, rock ou même de techno se formèrent dans les clubs aux alentours de l’université. L’industrie musicale se développa sans avoir encore vécu ses plus beaux jours.
Une globalisation du marché

Au début des années 2000, la première génération des groupes de K-pop commença à disparaître. Comme leurs collègues américains, leurs musiques était complètement gérée, voir manufacturée par les agences gérant les groupes. Ces derniers n’avaient donc pas d’identité et les albums suivants virent leurs ventes descendre. Le problème était que, dans la majorité des cas, il n’y avait pas de plan à long terme pour ce genre de groupe. Pourtant, sans surprise, l’industrie prit goût aux marchés internationaux et eu envie d’imposer sa présence. C’est ainsi qu’elle allait, avec d’autres productions culturelles, s’inscrire dans une politique culturelle extérieure : l’Hallyu (la vague coréenne). Cette politique était assez simple : donner une bonne image du pays grâce aux productions culturelles, qu’elles soient musicales, cinématographiques ou télévisuelles. Cela permit deux choses : Premièrement, et c’est assez logique, les revenus de la Corée du Sud se diversifièrent, ce qui fut plus que bienvenue après la crise financière. Deuxièmement, le plus important, la Corée gagna une influence politique grâce à ces productions. C’est ce que l’on appelle le « Soft Power » (le pouvoir de convaincre). Pour faire simple, si le peuple d’un pays est enthousiaste envers la politique ou la culture d’un pays étranger, le gouvernement de ce pays aura du mal à ne pas coopérer. Si deux peuples partagent une certaine culture et une certaine image, ils auront plus de chance de travailler ensemble. C’est ainsi que la Corée du Sud voulut se faire une place dans la sphère politique et économique, aussi bien en Asie que dans le reste monde.
Pour continuer à s’installer à l’étranger, l’industrie musicale dut apprendre de sa première expérience pour préparer une deuxième génération qui était calibrée pour conquérir le public extérieur. Les agences préparèrent leurs groupes à se représenter au Japon ou en Chine, par exemple, en leur apprenant la langue et en leur faisant écrire des albums ciblés. De plus, l’apparition du marché dématérialisé poussa encore plus l’exportation de la K-pop. En effet, contrairement aux maisons de disques occidentales, la Corée du Sud vit l’intérêt que pouvait apporter les plate-formes de téléchargement. Rien qu’en 2003, le marché digital était déjà plus important que le marché classique en Corée du Sud. L’expérience de la première génération, couplée à l’anticipation d’un grand tournant dans l’industrie musicale, permit à la K-pop de s’installer durablement dans le marché asiatique. Avec en appui de nombreux contenus télévisuels qui accompagnèrent les idoles coréennes, la K-pop devint un véritable phénomène culturel. Il ne fallait plus qu’un pas pour que la K pop devienne mondiale.
La culture est un cycle perpétuelle
Alors que l’on atteignait la fin des années 2000, la culture asiatique s’installait de plus en plus dans le monde. Entre 2008 et 2012, les ventes des albums coréens passèrent de 16.5 millions de dollars à 235 millions de dollars.

Durant cette période et bien que le contrôle des agences sur leurs talents resta importants, les idoles commencèrent à prendre de plus en plus de place dans la création de leur musique, ce qui engendra des groupes avec une personnalité plus marquée, mais également avec une plus grande longévité. C’est ainsi que des groupes comme Super Junior ou Girl’s Generation apparurent et commencèrent à prendre de la place dans les ventes d’albums aux USA et en Europe. Des artistes solos eurent aussi à avoir un impact dans le marché international.

De plus, Internet se développa aussi, avec notamment la plate-forme de vidéos Youtube qui devint très populaire (oui oui ça fait longtemps !). Ainsi, les clips se partageaient beaucoup plus rapidement, ce qui fut un « terreau » parfait pour faire de la K-pop un phénomène international. Les agences de musiques comprirent alors rapidement l’intérêt des réseaux sociaux pour créer une fanbase autour de leurs groupes. Avec des vidéos montrant le quotidien des idoles et des streams où les fans pouvaient interagir avec leurs chanteurs ou chanteuses préférées, les idoles se sont humanisées et rapprochées de leurs admirateurs. Contrairement aux chanteurs occidentaux qui semblaient mis sur un piédestal, les idoles coréens apparaissaient beaucoup plus accessibles.
Cependant, il n’y a pas que la communication qui fit exploser la visibilité de la K-pop. Les méthodes de productions jouèrent également un rôle. L’aspect très compétitif et industrielle de la K-pop fit que les groupes et les idoles produisirent de façon massive de la musique, sans véritable pauses. De plus, même si un groupe ne produit pas de musique, il va faire des émissions ou des reprises de chansons pour ne pas lâcher la lumière. On peut critiquer cette méthode qui va souvent épuiser les idoles, mais elle est très efficace.
Enfin, la K-pop arriva à maturation à un moment où la musique commença à atteindre une limite dans la création de nouveau genre. Avec ses mélanges des genres et ses nouvelles sonorités, la K-pop emmena un vent de fraîcheur. Tout cela fait qu’après toutes ces années, la K-pop est devenue une industrie musicale influente.
K-pop number 1 ?

Il est aujourd’hui compliqué de savoir où va s’arrêter la croissance du marché de la musique coréenne. Bien que cette industrie a mit les pieds sur le marché mondial, elle ne le domine pas. Il reste encore beaucoup de choses à réaliser pour que l’industrie coréenne s’installe de façon permanente au niveau international. Il est néanmoins intéressant d’observer l’évolution de cette industrie devenue une des facettes de son pays d’origine. Inspirée par les influences d’un monde nouveau, la K-pop a su prévoir ce qu’allait devenir la musique. Un véritable show 24h/24 et 7j/7 qui met en avant les personnalités et qui demande de gérer plusieurs talents. Elle a aussi vu l’intérêt du mix des styles musicaux. Années après années, elle a affiné sa stratégie pour devenir de plus en plus efficace. Ne visant pas seulement un résultat artistique, l’industrie musicale coréenne a aussi pour but une productivité économique et veut atteindre des objectifs politiques concrets. Même si cette logique était déjà présente dans les productions occidentales, on peut sans aucun doute dire qu’elle fut perfectionnée par la K-pop.