Cet article va être compliqué à écrire car je ne connaissais rien de la k-pop il y a encore peu de temps. Jamais je n’aurai pensé écouter un groupe de musique formé par six coréennes dansant et chantant. Il faut comprendre que j’ai été bercé par Renaud ou encore Alain Bashung, et la K-pop peut sembler, au premier abord, réservée à un public d’adolescent.e.s en manque d’idoles. Pourtant un groupe m’a, en partie, fait changer d’avis. Laissez moi donc vous présenter ma découverte de la k-pop dans ce premier article qui débutera une série sur ce mouvement de la musique coréenne. Voici (G)I-DLE.
Quand Legends présente des Idoles

C’est par les finales des championnats de League of Legends que j’ai pour la première fois entendu le groupe (G)I-DLE. Pour l’édition de 2018 en Corée du Sud, Riot Games voulait réaliser un grand show s’inspirant de la culture sud-coréenne. L’idée commença à germer dans les studios de créer un groupe de K-pop fictif avec des personnages du jeu. Cependant, pour faire un groupe de musique, il faut certes avoir des personnages, mais il est plus important encore d’avoir des voix. Riot décida d’écouter une partie de ses salariés, fan de K-pop mais surtout de (G)I-DLE, pour le choix des chanteuses. Ils allèrent chercher Soyeon, la leader du groupe et rappeuse, et Miyeon, une des voix principales. Résultat, un énorme carton ! Bien que la performance live ne soit pas exceptionnelle à cause de l’utilisation de personnages en 3D pour la chorégraphie ; la chanson, elle, est incroyable. Accompagnées par Madison Beer et Jaina Burns, les deux chanteuses coréennes incarnent parfaitement leurs personnages respectifs (Soyeon est Akali et Miyeon devient Ahri). Après ça, je l’avoue, j’ai réécouté cette chanson de nombreuses fois. Je ne me suis cependant jamais intéressé au groupe lui-même. En 2019, avec les finales à Paris, Riot s’est dit qu’il allait remettre le couvert. Pourtant, cette fois, ni de k-pop ni de Miyeon mais un style plus urbain avec du Hip Hop et du Rap, Soyeon incarnant toujours son personnage d’Akali. Pour être franc, Soyeon ne fait qu’une partie du second couplet. Je vous avoue alors que, lorsque j’ai vu les commentaires de la performance Live de True Damage (le nouveau faux groupe de Riot), je me demandais pourquoi tout le monde parlait de Soyeon. Certes, elle semblait charismatique mais elle ne jouait pas un grand rôle dans cette chanson. Cette fois-ci, plutôt que de tourner le dos à une nouvelle découverte, ma curiosité m’a poussé à entreprendre des recherches.
Une plongée avec un groupe inconnu

Ainsi je découvrais le groupe (G)I-DLE (oui enfin !). Je me suis mis à écouter un premier morceau se nommant Senorita. La chanson prend pour sujet le coup de foudre et donc, oui, c’est une chanson d’amour. Comme le titre le laisse entendre, la musique contient des sonorités latines. En effet, ce n’est pas écrasant d’originalité. Néanmoins, la production est vraiment géniale. La mélodie créée par les basses, et qui est complétée au fur et à mesure de la chanson par du piano et des cuivres, donne une ambiance sublime et envoûtante. L’ajout d’instruments permet aussi de monter l’intensité de la musique pour illustrer le rapprochement du couple. Ce rapprochement culmine vers une fin où Yugi, une autre membre du groupe, finit la chanson par des foofoofoo, onomatopées se rapprochant du bruit de vêtements se frottant, faisant comprendre qu’un baiser fougueux conclue la rencontre. J’ai grandement apprécié cette chanson. Malgré tout, je dois avouer qu’après l’avoir écoutée, et même si j’avais envie de la réécouter, je me demandais si j’allais accrocher au groupe. Chanter l’amour à toutes les sauces ce n’est pas trop ma tasse de thé. De plus, ne pas comprendre à la première écoute ce que raconte la chanson me déstabilise un peu (Non, je ne parle pas coréen). Malgré cela, je me suis dit « Allez ! Je vais en écouter une autre pour voir si j’accroche ». J’ai donc écouté le morceau Lion. Ce son a été réalisé pour l’émission/compétition Queendom. Il n’est donc pas extrait d’un album. Pourtant, ce morceau est juste fantastique ! Pour vous expliquer un peu cette chanson il faut d’abord parler de son sujet. La musique tourne autour du succès que connaît le groupe et des critiques qui ont été faites aux différentes membres. Mais là où beaucoup n’auraient simplement fait qu’un retour cinglant sur ce qui leur est reproché, clamant leur supériorité, on découvre à la place une chanson bien plus fine. Elles utilisent la métaphore du lion, roi de la savane, violent et majestueux mais aussi en cage, pour parler de leur histoire et n’utilisent jamais leurs noms. Ainsi elles donnent à leur chanson un aspect de conte. On se retrouve avec un message porté par la chanson qui devient plus universel et plus tourné sur la prise de pouvoir des femmes dans une société qui ne veut pas leur laisser une vrai place. Une chanson ne peut cependant pas être aussi bonne juste grâce à son message. Il faut que le reste tienne la route. Parlons alors de la mélodie qui est juste fantastique. Menée par des percussions qui posent une ambiance guerrière tout en faisant penser au rythme d’un cœur battant, la musique reste assez discrète pour laisser la place aux voix des 6 chanteuses du groupe. Elle connaît, néanmoins, quelques montées en puissance pour marquer les refrains, donnant un côté plus épique à la chanson. Le tout donne un rendu formidable, aussi bien à voir qu’à écouter.
La danse des lions

Je tiens à vous décrire maintenant leur premier live avec cette chanson à la compétition Queendom. Les tenues des membres du groupes étaient très fournies et très riches, rappel du thème de la royauté et de l’image du pouvoir du lion. Elles sont accompagnées de guerrières (il y n’y aura aucun homme) portant des boucliers et des tenues faisant un peu penser à la comédie musicale le Roi lion, ce qui n’est pas si étonnant. L’imagerie est juste sublime et fonctionne parfaitement, remettant encore une fois en parallèle l’image majestueuse des idoles et la dangerosité de leurs personnalités et de ce qu’elles représentent. Ce parallèle est aussi présent dans le clip de la chanson.

Dans ce clip, on peut voir les chanteuses être dans deux situations. Quand elles sont seules, on les voit en général dans des tenues luxueuses reflétant l’image de belles princesses. Il y a plusieurs types de plans où une seule membre apparaît à l’écran. Parfois elle est enfermée par le cadre, métaphore du désir de certains de mettre le groupe dans un moule précis pleins de gloss et de paillettes. Dans d’autres plans, on peut voir Minnie entourée par des flèches et Soojin montrer des marques de griffes dans son dos, symbolisant les attaques visant ce qu’elles sont et le fait que, justement, elles ne rentrent pas dans le moule. La seule à ne pas avoir de tenue de princesse dans ses plans solo est Soyeon. Elle est littéralement derrière des barreaux portant une tenue très simple couleur chair. Cette esthétique renforce l’idée d’une lionne en cage, puissante et dangereuse malgré sa prison. Lors des plans en groupe ou avec des danseuses, l’ambiance est différente. Les gestes et les pas de danses se font plus agressifs, amenant une ambiance guerrière de liberté grisante, appuyée par les tenues et les coiffures des danseuses et des membres du groupe. La chorégraphie tient une place très importante dans l’univers de ce genre de groupe, bien plus que dans les musiques occidentales. Les danses collectives des (G)I-DLE montrent aussi bien leurs puissances individuelles que leur unité en tant que groupe. Elles imposent l’image qu’elles désirent renvoyer. Elles sont fortes et indépendantes. Le clip se termine par le couronnement des six membres du groupe. Elles sont devenues des reines, comme des lionnes. Elles prouvent ici qu’elles ne veulent pas être de simples idoles, mais des femmes imposant leurs images et leurs personnalités quelque soit les critiques.
Je n’ai pas encore évoqué en détail les chanteuses, qui elles sont et ce qu’elles font. Remédions immédiatement à cela.
Un groupe, des personnalités

Pour reprendre leur ordre d’apparition dans la chanson Lion, commençons par Minnie. Généralement, dans les chansons de (G)I-DLE, elle a une voix très douce, ce qu’on remarque aussi dans des covers (reprises de chanson) solo qu’elle a réalisées. Cependant, dans Lion, elle affirme la puissance et la gamme de sa voix. Sa performance est impressionnante ! Elle prouve qu’elle peut tout faire, passant d’une intro où elle pose une voix basse et menaçante à une envolée puissante dans le second couplet. On débute donc par du lourd et… on continue avec du lourd !

La leader du groupe, Soyeon, a été repérée en 2014 par l’agence Cube, aujourd’hui producteur des (G)I-DLE. Elle cherchait alors à se faire un nom en participant à l’émission Produce 101 en 2016. Ce télé crochet lui a permis de se faire connaître mais certains critiquaient déjà son style et son physique. Elle ne se dégonfla pas pour autant et participa à une nouvelle émission l’année suivante : Unpretty Rapstar. Durant ce show, elle montre l’étendue de ses talents en tant que rappeuse et finit troisième de la compétition. Cube, flairant son talent, la fait signer pour un contrat exclusif solo. Elle fait ensuite deux singles qu’elle écrit et produit : Jelly et Idle song. Le clip d’Idle song annoncera d’ailleurs la formation du groupe le 11 janvier 2018. Après le premier mini-album (I am) et avec le développement du groupe, elle se met aussi à produire de plus en plus de chansons afin de donner à (G)I-DLE une vraie identité. Il faut dire que Soyeon a une voix unique mais surtout un vrai talent pour le rap. Même si elle n’a pas le débit de parole le plus élevé, elle possède un vrai sens du rythme. De plus, avec ses intonations et sa présence, elle arrive facilement à donner une aura puissante à ses raps, à l’instar de celui, sublime, qu’elle pose dans Lion. Sonnant comme un chant de guerre et finissant par un cri déclarant qu’elle est une reine, Soyeon impose le respect grâce sa voix mais aussi à sa performance scénique qui augmente cette sensation de domination. Elle n’est certainement pas la leader du groupe pour rien.

Vient ensuite Soojin, la danseuse principale du groupe. Elle a commencé la danse dès l’enfance et il est clair que son travail a payé. Elle impose une présence incroyable sur scène et permet une incarnation vivante et visuelle des concepts des différentes chansons, que ce soit du sexy avec leur cover de Hot Issue, du sensuel avec Senorita ou, comme dans Lion, un côté sauvage et dominateur. Cela peu paraître étonnant car, en dehors des planches, c’est une personne très timide. Même si la danse est son point fort, elle s’impose aussi comme une vraie chanteuse au sein du groupe. Avec sa voix douce, elle consolide son image sensuelle. Par exemple, dans Lion et surtout dans l’outro, elle est montrée avec un côté femme fatale menaçant.

Parlons maintenant de la chanteuse principale du groupe : Miyeon. Bien que dans Lion elle ne chante « que » le refrain, elle arrive tout de même à prouver la puissance de sa voix, son atout principal. Néanmoins, elle peut varier cette puissance pour chanter des chansons plus douces comme des balades. Ce qui est parfait car le groupe n’est pas fixé sur un style de musique en particulier.

Après arrive « la mignonne du groupe » comme elle se présente elle-même : Yuqi. Ne vous y trompez pas cependant. Derrière son visage angélique se cache une voix grave et profonde donnant au groupe plus de variété dans la tonalité des voix. De plus, son jeu d’actrice lui permet de prendre un air très sérieux et menaçant, renforçant le fossé entre la jolie petite fille qu’elle semble être et la lionne farouche qu’elle est véritablement.

Enfin, voici la plus jeune de groupe : Shuhua. Arrivée dans le groupe alors qu’elle ne parlait pas le coréen, elle n’a pas joué un rôle important durant les débuts de (G)I-DLE. Pourtant, avec le temps et beaucoup de persévérance, elle a réussi à se faire une place et Lion le montre bien. Sa voix a un côté assez royal. De plus, avec son visage très expressif, elle arrive à parfaitement incarner le message de la chanson.
Voilà donc comment on forme un groupe de six femmes très talentueuses et très différentes. Ensemble, avec leurs points forts et leurs voix en parfaite harmonie, elles forment comme un instrument de musique vivant. Chaque membre joue le rôle d’une corde et l’ensemble donne un son particulier et qui leur permet de réaliser des chansons dans plusieurs styles de musiques.
Pas de style précis mais un groupe unique
La marque du groupe est qu’il n’y a pas de véritable style pour le définir. On ressent des inspirations de musiques latines comme dans Latata ou Senorita, de ballades comme avec Put it Straight, de la musique électro à l’instar de What’s Your name et des musiques qui ont du mal à rentrer dans une catégorie comme Hann ou Lion. C’est dû au fait que le groupe produit presque totalement sa musique. Cela se ressent entre le premier mini album « I am » où plusieurs musiques n’ont pas été réalisées par le groupe et le mini album « I made ».

Le second album semble beaucoup plus leur appartenir, notion qui tient beaucoup à cœur au groupe. Néanmoins, il y a des constantes dans leurs chansons. On peut sentir que les percussions jouent un grand rôle dans les mélodies de diverses chansons. Cela est peut-être dû aux influences du rap et hip hop dans l’écriture de Soyeon qui produit la majorité des musiques. De plus, il y a un aspect qui n’est pas qualifiable pour moi qui ne suis pas un grand connaisseur en musique. Dès que vous écoutez une chanson de ce groupe, bien que le style varie, vous savez qui vous écoutez et qui chante. On ne s’y perd pas. On ne ressent aucun ennui lorsqu’on réécoute à de nombreuses reprises les chansons et albums. Et croyez-moi j’ai écouté ces morceaux en boucles. Ils sont justes terriblement efficaces et marquants.
Un pays imaginaire

Voilà donc comment je suis tombé amoureux de ce groupe. Même si j’ai essayé de rationaliser et de mettre des mots sur ce que leurs musiques me font ressentir, il reste ce côté fanatique que j’avais perdu il y a longtemps. Cet engouement irrationnel pour quelque chose, que ce soit pour de la musique ou du sport. Alors certes, je ne me pense pas crier d’une voix suraiguë si un jour je les voyais mais je ne resterai sûrement pas indifférent. J’essaie toujours de m’expliquer pourquoi je ressens cela. Peut-être est-ce dû aux nombreuses vidéos sur YouTube où on les voit interagir ensemble dans les coulisses ou dans des vidéos mises en scène (par ailleurs très drôles). Cette gestion de leur image et leur communication m’atteint-elle à ce point ? Ou est-ce la découverte d’une langue et d’un style nouveau ? Toujours est-il que ma passion est présente et que, franchement, cela me donne le sourire de trouver quelque chose qui me touche autant, qui me ramène, pour ainsi dire, en enfance. Neverland est le nom donné aux fans de (G)I-DLE par les membres car le groupe et ses fans ne changeront pas. Neverland est, bien entendu, le pays imaginaire, celui des enfants. Les fans sont alors comme de grands enfants qui, pour un moment, refusent de grandir pour être émerveillés par le spectacle offert par les chanteuses. Là réside toute la poésie du groupe. Pourtant (G)I-DLE grandit musicalement et évolue. J’espère tout de même qu’elles parviendront toujours à me faire redevenir, l’espace d’un instant, cet enfant éblouit par la vue d’un lion.